Intelligence artificielle (Crédits: Adobe Stock)
Les entreprises liées à l'intelligence artificielle figurent parmi les plus grosses sociétés du monde cotées en Bourse. Le fabricant de puces Nvidia pèse aujourd'hui 5 000 milliards de dollars. Les géants du numérique comme Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon et Meta valent chacun entre 1500 et 4 000 milliards de dollars, car ils intègrent l'IA dans leurs services. Ces valorisations boursières sont synonymes d'investissements nouveaux.
De nouvelles perspectives d'emploi grâce à l'IA
Comme toute innovation, l'IA conduit à une destruction d'emplois ou de certaines tâches et à l'apparition de nouveaux métiers. Cela transforme profondément les perspectives professionnelles des jeunes. Quel que soit le secteur, on observe une explosion des métiers liés aux données (analyste, spécialiste qualité, gestionnaire de bases de données, experts en protection de la vie privée…).
En parallèle, de nouveaux emplois apparaissent : concepteur d'applications IA, spécialiste en éthique de l'IA, auditeur algorithmique, expert en régulation technologique, spécialiste en cybersécurité… D'après le forum économique mondial, 69 millions d'emplois pourraient être créés d'ici 2027. Dans le même temps, l'OCDE estime que 24% des métiers seront touchés par l'arrivée de l'IA dans les dix années à venir. 9% risquent même de disparaître. Les emplois automatisables concernent des professions intellectuelles supérieures du tertiaire (juriste, comptable, graphiste…).
La banque Goldman Sachs évalue à 300 millions le nombre d'emplois dans le monde qui pourraient disparaître en raison de l'IA générative. On voit aussi se développer des agents IA autonomes qui réalisent déjà environ 15% des tâches au sein des entreprises. Ainsi, pour le forum économique mondial, 83 millions d'emplois seraient supprimés entre 2023 et 2027.
Quel impact sur l'employabilité des jeunes ?
On s'attend à une automatisation de certains métiers d'entrée de carrière car l'IA est particulièrement performante sur des tâches répétitives, administratives, et analytiques de base. Comme ces tâches correspondent souvent aux premiers emplois (assistants administratifs, analystes juniors, support client, développement logiciel d'entrée de gamme, traduction simple), les jeunes pourraient avoir plus de difficulté à intégrer le marché du travail. A cet égard, une étude de Stanford publiée en août 2025 montre une baisse de 13% de l'emploi junior dans les métiers exposés à l'IA générative, et aucun recul significatif dans ces mêmes métiers pour les travailleurs plus expérimentés.
Les jeunes devront constamment se former, les compétences techniques devenant vite obsolètes. Cela impose une forte adaptabilité, une capacité à apprendre vite, et de l'analyse critique. De fait, ceux qui n'ont pas accès à la formation seront pénalisés. Ainsi, le développement de l'IA va d'abord profiter aux jeunes très qualifiés. En développant des emplois très qualifiés et bien rémunérés, et en entraînant la disparition progressive des emplois intermédiaires, l'IA pourrait renforcer la polarisation du marché du travail. Une telle situation va inévitablement accroître les inégalités.
Adapter impérativement le système de formation
L'IA peut représenter pour les jeunes des opportunités exceptionnelles dans les métiers technologiques, mais aussi une polarisation du marché du travail associée à des risques d'automatisation : il faut donc les préparer au mieux à ces transformations. C'est d'abord en leur garantissant une formation de qualité aux savoirs socles qu'ils seront les mieux préparés à maîtriser l'IA. Pour cela, il faut réformer notre système éducatif comme d'autres pays européens l'ont déjà fait (Finlande, Pologne, Portugal), ce qui implique des investissements massifs de la part de l'Etat. Il faut également développer et adapter la formation tout au long de la vie, et garantir une obligation de formation continue au sein des entreprises.
L'enjeu pour les jeunes n'est donc pas seulement technologique : il est éducatif, social et politique.
Nathalie Chusseau
Professeure à l'Université de Lille
Membre du conseil scientifique de l'Etablissement public d'insertion de la Défense
Invitée par le Cercle des économistes
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